Du projet de la future synagogue "Bnei Tsiporah" : dissipons les malentendus et les craintes...
Du projet de la future synagogue "Bnei Tsiporah" : dissipons les malentendus et les craintes.
"Ghettoïsation" ?
La question se pose donc de savoir si, aujourd’hui au sein de la communauté juive de France, on peut envisager quelque chose face à la dualité "ashkenase=sépharade" avec son substitut "ashkefarade"(génération née des couples sepharade et ashkénaze) autour d’une identification communautaire juif ? Dans quelles conditions une centaine de personnes " juifs noirs" dans la communauté, peuvent-elles s’affirmer comme une force collective ?
Les choses ne vont pas de soi et l’expérience montre que ce processus relève de dynamiques complexes où interviennent majoritaires et minoritaires. A ce titre, l’idée d’un lieu de rassemblement qui dépasse la bipolarité dominante juive s’impose. Lieu où tout juif voir tout être humain est le bienvenu pour prier hakadosh baroukh Hou.
"Marginalisation" ?
Le malentendu trouve toujours sa source dans une incompréhension. La personne interprète l’action de son interlocuteur à travers ses propres craintes. Autrement dit, elle attribue à l’autre des reproches qu’elle se fait déjà, qu’elle croit mériter ou qu’elle craint de subir même si elle ne les croit pas justifiés. Son interprétation est l’expression de ses préjugés. Comme le malentendu repose sur une information incomplète et sur l’interprétation erronée qui vient combler ce vide, la solution reposera nécessairement sur une meilleure circulation de l’information. Si les faits réels et leurs véritables significations sont connus, la projection de préjugés et des craintes prendra moins de place. La réalité regagnera son importance et exercera une influence salutaire au sein de la communauté juive pour corriger les perceptions. Mais ce n’est pas tout à fait aussi simple car il s’agit de craintes qui reposent sur des vulnérabilités importantes. Il n’est pas toujours facile de les abandonner en se fiant tout simplement à la parole de la personne dont on craint les réactions. Une bonne méthode de résolution des malentendus doit donc tenir compte de la vulnérabilité qui s’y manifeste pour y apporter une réponse adéquate. Notre but aujourd’hui n’est pas d’établir un requisitoire mais de montrer et d’expliquer une réalité des juifs noirs en France, aux USA, en Israël...
"Klita" (intégration) ?
La solution efficace doit donc à la fois compléter l’information sur la situation et soulager l’inquiétude réelle qui alimente la projection. Dans la mesure du possible, il est préférable de lutter d’abord contre les préjugés pour garantir que l’information nouvelle soit reçue et utilisée adéquatement. Autrement, la méfiance et la crainte peuvent facilement conduire à de nouvelles interprétations erronées qui viendront renforcer le malentendu au lieu de le résoudre.
Comme on pourrait le voir, cette crainte, bien qu’elle soit dans une certaine mesure toujours en partie fondée ,repose néanmoins sur une conception relativement fausse. Fausse, puisque non contente de réduire celle-ci à l’inscription d’un clivage binaire et mutuellement exclusif et de ne pas prêter attention à la diversité en jeu au sein de la communauté juive de France, elle ne pense aucunement les bienfaits que celle-ci peut revêtir et n’entrevoit pas qu’il ne peut exister de problèmes communs bien constitués, efficaces et évaluables, sans la confection d’un dispositifs . Or, la lutte contre les discriminations, on le verra, réclame un dispositif de la diversité.
C’est pourquoi il faut passer par un processus d’information pour décrypter le besoin discret qui n’a nul besoin d’une expression claire pour imprégner les situations les plus ordinaires. Cet apprentissage est de type social, au sens large du terme, et il est comparable à ceux qui sont nécessaires pour analyser les situations inégalitaires en termes de rapports humains dans une communauté.
On remarquera que ce spectre de l’accusation de « ghetoïsation » conjugué à la réduction, opérée par un simple jeu de distinctions a empêché, en tout cas la communauté juive française, la reconnaissance des cultures juives minoritaires, Or, ce rendez-vous manqué fournit, selon nous, l’indication d’un problème qui ne peut être éludé en déclarant simplement, et d’emblée, que la question ne se pose pas pour les juifs en France, bref que diversité juive, mais aussi la lutte contre les inégalités en son sein, seraient des interrogations spécifiquement et essentiellement destinées aux autres. Dire que la communauté juive de France n’est actuellement pas armée pour encaisser la diversité et réduire ces inégalités est une chose, et cela est hélas tout à fait vrai, mais partir de ce fait largement contingent, pour finir par estimer que de tels problèmes ne se posent pas en est une autre. Passer de la première constatation à la seconde, voilà, à notre avis, rien de moins qu’une erreur d’analyse majeure. Un erreur qui se lit sans mal comme une faute morale, non conforme à l’éthique juive, non moins importante puisqu’il est difficilement défendable au motif que leur reconnaissance puis leur traitement ne vont pas sans difficultés. Et il est à craindre que ce passage fort problématique – consistant à partir du constat d’une difficulté pour finir par dissoudre le tort allégué et repousser le problème posé.
"Déconstruction" ?
Ainsi, cette entreprise critique de « déconstruction », une fois achevée et menée à son terme, n’est maintenant pas sans inconvénients majeurs pour la double question qui nous occupe ici, soit celle de la diversité et celle des discriminations. D’abord, parce qu’elle laisse les « juifs noirs » comme minorités dans un état qui les soustrait à toute opération de reconnaissance. Car, pour le dire vite, il n’y a plus rien à reconnaître ou bien parce que la reconnaissance elle-même réclame de donner à voir des différences qui, une fois publiquement catégorisées, sont dites, comme on vient de l’écrire, menacer « d’assigner » les individus à une origine et miner décisivement l’unité, l’indivisibilité et la paix de la communauté juive. Mais aussi parce que cette même entreprise critique ne permet pas non plus de comprendre en quoi les cultures et les communautés transportent ou instancient des biens ou des attachements et délivrent des bienfaits qui importent aux personnes estimant appartenir à l’une ou l’autre d’entres elles. Et cette incapacité à le comprendre n’est pas non plus étrangère au tropisme français qui ne voit l’ethnicité, re-décrite dans les termes négatifs d’une « ethnicisation des rapports sociaux », que comme une menace à éradiquer, un mal à conjurer ou un phénomène à « déconstruire » et non comme ce qu’il faut prendre en compte et ce avec quoi il convient de composer.
"Vivre-ensemble" ?
Car, plutôt que de prendre en compte les voix et les demandes de compte qui s’élèvent, les dirigeants communautaires essaient de les défaire, sans même s’inquiéter d’écouter les torts dénoncés, et récuse, le « fait » des inégalités En effet, c’est aussi une compréhension très étrange et très paradoxale de la Thora, compréhension pourtant massivement partagée malgré son inconséquence foncière et son caractère paradoxale qui fait obstacle à la considération de la diversité interne à la communauté communauté juive, Compréhension étrange, pour le moins, car cette éthique juive, régulièrement brandit par un grand nombre d’intellectuels juifs, ne semble même plus être une promesse puisqu’il ne donne lieu à aucune crédibilité.
"Juifs, tout simplement" ?
Que signifie le fait de vouloir réduire un juif ou une juive à un rite (minhag) ? Au nom du désir d’identifier à tout prix un juif à son origine, on s’autorise toutes les exclusions. L’histoire du judaisme n’est pas le seul résultat de deux tendances mais elle est aussi le fruit d’un héritage de transmission par l’inné ou par l’acquis. Le débat sur l’acquis ou l’inné devrait être dépassé. Chaque trait biologique du juif se distribue au hasard. De sorte qu’au sein d’un même groupe juif, on peut retrouver une proportion variable de phénotype.
Guershon Nduwa
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