Une haute intelligence n’est pas toujours un préservatif contre les dérives chez les élites d’une nation ou d’une communauté. Pour beaucoup, la civilisation et la culture intellectuelle sont les meilleures réponses contre les dérives. Malheureusement, la démonstration du contraire a déjà été faite plus d’une fois. L’Allemagne était probablement le pays où la civilisation et la culture intellectuelle étaient les plus raffinées au monde. Des milliers de grands savants, musiciens, peintres, physiciens, philosophes, mathématiciens… parmi les plus brillants, mais hélas beaucoup ont adhéré au régime nazi. Distinguer les citoyens d’une nation en raison de leur orientation géographique et du degré de leur ancienneté dans la république risque de souligner ce qui sépare alors que ce qui unit est plus important en quantité et en qualité. La cohésion nationale naît entre tous à partir des différences qui sont au coeur de l’identité. Ces différences qui reconnaissent à chacun une autonomie devraient être considéré comme une richesse et une chance. La verve de certains en quête de gloriole ne manque pas de se donner carrière à ce sujet. A quoi servirait de s’approprier la cohésion nationale si elle nous apprenait à être septique. C’est cette tentation qui nous guette toujours de vouloir expliquer les drames de nos passés par des hypothèses. Le mécanisme psychologique d’une nation ne doit pas être orienté vers la souffrance. Il serait incompréhensible de consoler quelqu’un rudement éprouvé qu’en lui rappelant sa souffrance. Cette astuce fait passer de l’état de la confiance à celui de la méfiance. Bref, il ne s’agit pas ici d’un plaidoyer exhaustif de la cohésion nationale mais d’une invitation à l’attention, d’un rappel au regard respectueux et bienveillant que chacun mérite dans une réalité dont il faut accepter les paradoxes.