Un centre judéo-noir ou l’arme contre la déculturation...
S’il est une chose qui n’a ni couleur ni odeur, et encore tout dépend sous quel angle on aborde la question, il s’agit bel et bien de la foi. Cette foi avec ce grand F, qui pour nous autre, nous renvoie à Avraham, Yitzak et Yaakov, reste, dans sa pratique, dans son évolution, empreinte de traditions et de cultures. Ces dernières parent notre foi de couleurs et d’odeurs qui, décennies après décennies, créent en nous habitudes et reflexes dans lesquels il est aisé de se complaire et surtout auxquels on s’habitue. Cet état des choses transforme une donnée originellement spirituelle, en enjeu culturel, politique et social. Napoléon Bonaparte, dans sa structuration du judaïsme français, imaginait peut-être, par la création d’un judaïsme aux deux visages, assister, à long terme, à une forme d’acculturation spontanée, comme a pu l’évoquer le sociologue français Roger Bastide. En effet, cette situation idéale où nous aurions vu Ashkénaze et Séfarade, par le biais de contacts libres, appliquer à leurs pratiques et modes de vie, une culture commune, qui aurait peut-être été un savant mélange des deux. Sans vouloir refaire l’histoire, nous connaissons tous les tensions, les antagonismes qui ont émergés pendant des siècles, de cette bipolarité du judaïsme culturel français. Pour la bonne conduite de notre réflexion, imaginons que le judaïsme français soit identique à une grand état, dans lequel deux cultures, dominantes, vivent depuis longtemps côte-à-cote, avec des hauts et des bas dans la conduite de leurs relations, cette situation n’ayant pu permettre l’accouchement d’une acculturation car le processus dynamiques des uns au contact des autres, n’a pas donné lieu à l’emprunt et à l’adoption d’éléments culturels de part et d’autre. Et j’ai envie dire « tant mieux » et de rajouter « heureusement » car à mes yeux, la foi structurée et cadrée, comme à très bien su le faire le judaïsme, doit néanmoins rester un haut lieu de la libre expression culturelle et identitaire, le point commun de cette diversité restant la Foi en HaShem ! Au regard de ce postulat, quel est, aujourd’hui, la situation réelle du panafricain dans le judaïsme français ?
Il nous faut d’abord rendre hommage à ces rabbins, responsables et autres membres de la communauté juives qui déploient leur force pour que l’intégration et l’évolution des panafricains au sein des synagogues, qu’elles soient ashkénazes ou séfarades, se déroulent pour le mieux. Mais n’est-ce déjà pas ici, un abus de langage que de rendre un hommage pour des actes qui devraient rester banals, pour tout un chacun. Jamais la banalité n’aura été aussi importante à mes yeux, ne pas susciter la curiosité ni l’interrogation en vivant sa foi, peut paraître dérisoire aux yeux de beaucoup mais pour nous c’est essentiel. Et même plus que vital car nous voulons faire rempart à la déculturation. Quand un état, aussi puissant et exemplaire sur de nombreux points que la France, réussit par le révélateur du respect des lois de la République, la création d’un Melting-Pot culturel et la possibilité pour chaque ethnie de s’émanciper entre biculture et bilinguisme par exemple, à combien plus forte raison, une religion aussi grande et sage que le judaïsme, devrait réussir par le révélateur du respect des Mitzvot, la création d’un Melting-Pot culturel et la possibilité pour chaque ethnie, de s’émanciper sous l’identité juive en France.
Nous autre, juifs panafricain de France, vivons une véritable déculturation, dans le sens où Gilles Léothaud l’abordait, sauf que pour nous, elle est spirituelle malgré le fait que l’intelligence, la sagesse et les connaissances panafricaines ne soient ni archaïques ni vulnérables. Qu’il soit juif ou en cours de conversion, le juif panafricain est contraint de choisir, pour vivre pleinement sa foi, entre la culture ashkénaze ou la culture séfarade, je dirais de manière ironique, même si j’aime beaucoup ces mets, qu’il a le choix entre le « Strudel » ou le « Fallafel ». La création d’un centre communautaire noir et j’ai envie de dire panafricain permettrait symboliquement l’apparition d’un choix culinaire alternatif qui serait par exemple « les accras » et ce, en attendant la mise en lumière de toutes les tribus perdues. J’espère, derrière cette ironie, faire réagir tous ceux, de la communauté juive, qui au quotidien côtoient des juifs panafricains. En effet, nous sommes toujours obligés, pour pouvoir vivre pleinement votre spiritualité en France, d’épouser soit une culture d’Europe de l’est soit une culture moyen-orientale, toutes deux très appréciables, mais en laissant à la porte de la synagogue, tout un pan de notre identité culturelle. Et cette obligation porte le nom de DECULTURATION.
En mon sens, le judaïsme français se prive actuellement d’un des ses joyaux et non des moindres. Je connais la ferveur, la patience et la discrétion qui animent les juifs panafricains, ce que nous supportons aujourd’hui en France et ailleurs, Ashkénazes et Séfarades l’ont refusé il y a plusieurs siècles. Penser que la création d’un centre communautaire noir serait la matérialisation d’une division au sein du judaïsme, c’est d’abord mettre en doute les velléités positives et constructives qui sont les nôtres mais c’est surtout sous-estimé le cercle vertueux qui verrait le jour avec cette nouvelle configuration. Accepter l’émergence culturelle du judaïsme panafricain c’est se doter de nouvelles armes économiques, sociales et politiques. Je ne pèse pas mes mots en affirmant cela, sans être exhaustifs voici quelques éléments de réflexion :
- Création et développement d’une restauration casher panafricaine, naissance logique d’échanges commerciaux à cet effet. Avoir un réseau Casher d’aliments panafricains
- Emergence d’une culture judéo-noire riche, festivals, musées, publication…etc. Développer toute une réflexion scientifique et théologique sur cette croyance pluriséculaire qu’est le judaïsme panafricain.
- De nouvelles armes de lutte et de prévention contre l’antisémitisme, avec des travaux de réflexion et un travail de terrains surtout dans les banlieues sensibles où les mauvais clichés sur le judaïsme ont la dent dures et où la communauté panafricaine a une force de pénétration importante.
- Le soutien panafricain à l’état d’Israël, travaux, colloques pour lutter contre la désinformation..etc.
Autant d’éléments sur lesquels il faudrait qu’un comité scientifique se penche sérieusement. L’existence d’un centre judéo-noir, n’est pas une envie mais une nécessité, voir une question de survie, car la culture panafricaine doit vivre, surtout dans le judaïsme francophone. Jadis la déculturation à été vivement rejeté par Ashkénazes et Séfarades, alors pourquoi nous la faire subir ? Et surtout n’oubliez que nous sommes noirs et beaux, nous autres, fils et filles de Jérusalem.