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jeudi 9 septembre 2010
 
REVUE DE PRESSE

 

L’espoir d’un centre communautaire judéo-noir en France

 

Jérusalem Post édition française, Paula Haddad, 30 juin 2009

 

Dimanche 28 juin, la Fraternité judéo-noire organisait un concert à l’Espace Rachi de Paris. Objectif : récolter des fonds pour inaugurer son premier Centre communautaire. Rencontre avec Guershon Nduwa, président de l’association.

 

Jerusalem Post : Aujourd’hui, qui compose la communauté judéo-noire de France ?

Guershon Nduwa : Il y a deux cent cinquante personnes en région parisienne. Certaines familles sont originaires d’Ethiopie, d’autres des Etats-Unis, et se sont installées à Paris pour des raisons professionnelles ou suite à un mariage.

Et une partie des membres se sont convertis en France. De toute façon, je ne veux pas les catégoriser. D’autres vivent en province, j’ai reçu des courriers de Marseille et Montpellier mais c’est difficile de mener une enquête nationale.

J.P. : Vous-même, vous avez un parcours singulier...

G.N. : En 1988, j’ai annoncé à mes parents, qui étaient animistes, que je voulais quitter le Congo et prendre une bourse universitaire pour étudier en Israël.

C’est Léon Ashkénazi "Manitou" qui m’avait initié au judaïsme lors d’un voyage en Afrique. Jusqu’alors, j’avais une vision stéréotypée de cette religion. Je suis resté cinq ans en Israël.

J’ai étudié à l’Université hébraïque de Jérusalem et j’ai obtenu ma conversion à Tel-Aviv. Une famille israélienne d’origine marocaine m’a « adopté » à Saint-Jean d’Acre (Acco) quand j’étais étudiant.

Après un détour par le Brésil, je me suis installé en France, où je suis éducateur spécialisé pour Médecins sans Frontières.

J.P. : Vous êtes cofondateur de l’Amitié judéo-noire que vous avez quittée. En 2007, vous avez créé la Fraternité judéo-noire. Pourquoi une deuxième association ?

G.N. : La création de l’Amitié judéo-noire était essentiellement basée sur le dialogue interculturel. Face à la montée de l’antisémitisme dans les milieux noirs, il fallait une structure qui puisse rapprocher les uns et les autres.

Puis, l’association a commencé à devenir un mouvement politique qui ne me correspondait plus. Mais ce n’est pas la raison pour laquelle j’ai fondé la Fraternité judéo-noire. Cette association est, elle, intra-communautaire.

Quand on regarde les Etats-Unis, Israël et la Grande-Bretagne, on se rend compte que la représentativité des Juifs noirs est presque banale.

En France, cela pose problème. Or, nous avons une place et nous voulons l’assumer au même titre que les Juifs d’Afrique du Nord et d’Europe de l’Est. Nous refusons d’être éternellement considérés comme une minorité.

J.P. : A ce titre, vous venez d’organiser un concert pour bâtir le premier Centre communautaire judéo-noir à Levallois-Perret, près de Paris. Quel est l’état des lieux ?

G.N. : Nous avons acquis grâce à un bienfaiteur un local de 150 m2. Nous cherchons des fonds pour effectuer des travaux via un architecte et transformer l’espace en centre communautaire.

Nous prévoyons une synagogue ; nous avons deux Sifrei -Torah qui nous ont été offerts par les Etats-Unis et Israël et une salle pour des activités culturelles. Nous avons deux rabbins, l’un basé en Israël, l’autre à Londres, qui seraient intéressés à venir en France.

J.P. : Avez-vous sollicité l’appui du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) ?

G.N. : Il n’y a pas de raison que l’on fasse appel à eux. Nous sommes en train de mettre en place une structure à connotation religieuse.

Au sein de l’association, parce que je consulte les membres dès qu’il y a une décision à prendre, nous sommes hostiles à l’idée de se faire récupérer ou de devenir un mouvement politique. Notre démarche est avant tout spirituelle.

J.P. : Ce projet de centre judéo-noir ne risque-t-il pas de vous marginaliser ?

G.N. : Il faut clarifier notre position. Nous ne sommes pas dans une volonté d’exclusion, ce qui serait d’ailleurs contraire à la Halakha.

Ce centre communautaire pourra permettre aux Juifs noirs de France de se retrouver, et bien sûr de partager avec d’autres Juifs, séfarades ou ashkénazes. Il n’y a pas de discrimination.

Mais nous devons aider des familles juives noires, qui à l’heure actuelle se réunissent le vendredi soir pour Shabbat dans des appartements et qui ne vont pas prier dans des synagogues, suite à des expériences malheureuses. Elles se réunissent en termes de couleur de peau.

L’association veut les sortir de leur inhibition pour qu’ils vivent pleinement leur judaïsme. J’étais récemment à Sarcelles pour rendre visite à une famille juive noire. Leur enfant, qui est métis, venait de faire sa bar-mitsva.

Il m’a remercié de notre action, parce qu’il souffrait de se trouver seul au Talmud Torah. Personne ne voulait lui parler.

J.P. : Vous vivez en France depuis 1995. Pensez-vous que l’on est prêt à accepter une communauté dans la communauté ?

G.N. : Il reste du chemin à faire parce qu’en France, la communauté suit la mentalité du pays. Il faut faire tomber les barrières, mais on y arrivera.

Dans mon quartier, les gens ont pris l’habitude de me voir à la synagogue et ne posent plus de questions. Je reçois aussi des mails de soutien. Je crois qu’il faudrait juste un déclic, et cela pourrait être l’ouverture de ce centre.

J.P. : Depuis quelques années, en France, les relations sont tendues entre communautés juive et noire. Comment rétablir le dialogue, notamment au niveau de la jeunesse ?

G.N. : Les Juifs ne connaissent pas bien les Noirs, les Noirs ne connaissent pas bien les Juifs.

Il y a une méconnaissance mutuelle. La Fraternité judéo-noire a déjà entrepris un travail pédagogique puisque nous avons des ramifications dans les deux communautés.

J’ai remarqué que dans nos manifestations, notamment lors des colloques, de plus en plus de Noirs, non juifs, viennent s’informer. Le centre judéo-noir pourrait aussi servir à ce dialogue.

J.P. : L’an dernier, après son élection, le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim vous a adressé un courrier de soutien. Attendez-vous un nouveau signe de sa part ?

G.N. : Non. Le fait qu’il nous ait écrit était déjà un premier pas. Nous espérons le rencontrer prochainement et aimerions qu’il inaugure notre centre.

Fraternité judéo-noire de France :
www.fjn-123.fr ou contact@fjn-123.fr

 

 
 
Publié le mardi 30 juin 2009
Mis à jour le lundi 13 juillet 2009

 
 
 
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