"Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde." C’est sur ces mots que Bertolt Brecht (1898-1956) achève l’une de ses pièces les plus mémorables, La Résistible Ascension d’Arturo Ui (1941), dénonciation sans fard de la perversion nazie.
les zélateurs de la "bête immonde" ont su se mettre au goût du jour. Internet est le nouveau sanctuaire de leur délire antisémite. Sous une forme plus ou moins dissimulée, ils diffusent dans le monde entier leur prose et, parfois, leurs images. Ils ne rechignent pas non plus aux assemblages hétéroclites mêlant nostalgie du IIIe Reich et islamisme radical. Le conflit israélo-palestinien offre un point d’ancrage à cette improbable alliance, au risque d’alimenter le dangereux confusionnisme qui rend chaque juif du monde entier responsable "
Youssouf Fofana a été condamné vendredi soir à la peine maximale, la perpétuité avec 22 ans de sûreté, pour l’assassinat d’Ilan Halimi en 2006 près de Paris, mais l’avocat de la famille du jeune juif a dénoncé l’"indulgence" des juges à l’égard de ses complices.
Me Francis Szpiner a en appelé à la ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie pour obtenir un nouveau procès. Il a souhaité que soit fait appel des condamnations visant les principaux complices, notamment des neuf ans de prison infligés à la jeune fille ayant servi d’appât pour le rapt d’Ilan.
"Je regrette que la cour ait fait preuve d’une particulière indulgence pour ceux qui ont aidé ou assisté Youssouf Fofana", a déclaré Me Szpiner.
Un des avocats de la défense, Didier Seban, a en revanche salué un "verdict équilibré" correspondant, selon lui, "aux responsabilités de chacun". "Ils ont été condamnés pour leur personnalité exacte, pas pour faire un exemple", a renchéri Me Françoise Cotta, qui défendait un des 26 coaccusés.
L’affaire à connotation antisémite avait ému toute la France.
Ilan Halimi, 23 ans, enlevé dans la nuit du 20 au 21 janvier 2006 dans le but d’obtenir une rançon, avait été séquestré et torturé pendant trois semaines dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine). Retrouvé agonisant au bord d’une voie ferrée de l’Essonne le 13 février, il était mort lors de son transfert à l’hôpital.
Youssouf Fofana, 28 ans, qui a reconnu au cours du procès avoir porté seul les coups fatals à l’otage, a été condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec 22 ans de sûreté conformément à ce qu’avait requis l’avocat général le 30 juin. Vêtu d’une tunique africaine bariolée, il a accueilli le verdict en mimant un applaudissement.
Au cours des deux mois et demi de procès tenu à huis clos, il a multiplié les provocations, esquivant les questions sur les faits par des diatribes antisémites, lançant ses chaussures sur les parties civiles, récusant deux avocats ou refusant que deux autres plaident pour lui.
Pour les 26 coaccusés -dont deux étaient mineurs au moment des faits- la cour d’assises des mineurs a infligé des peines allant de six mois avec sursis à 18 ans de réclusion, auxquelles s’ajoutent deux acquittements. ( Pour information, la liste des vingt-sept ’barbares’. Que personne n’oublie leur nom et leur rôle dans cette terrible histoire ...) :
Youssouf Fofana, le ’cerveau’,
- Christophe Martin-Vallet dit « Moko », Martiniquais
Jean-Christophe, alias « Zigo », mineur au moment des faits, tortionnaire,français
Jérôme Ribeiro, alias « coup de tête », aurait été dissuadé par ses parents de parler, portugais
- Samir Aït Abdelmalek, alias « smiler »,
- Yahia Touré Kaba, geôlier,
- Fabrice Polygone, étudiant en BTS, geôlier
Giri Oussivo N’Gazi, geôlier
Francis N’Gazi, geôlier
- Diossin Mendy
- Nabil Moustafa, alias « Bilna », livreur de pizza et footballeur, geôlier
- Cédric Birot Saint-Yves, geôlier
Gilles Serrurier, gardien de l’immeuble où était séquestré Ilan Halimi
Jean-Christophe Soumbou, alias « Marc » alias « Crim » alias « Craps », ancien co-détenu de Youssouf Fofana à la prison de Nanterre
- Yassin, homme de main recruté par Jean-Christophe Soumbou
- Almane Dialo, prêteur sur gages
- Jérémy Pastisson
Franco Louise, dit Pak-pak, ancien champion de France de boxe Thaï
Tiffenn Gouret, bretonne, aurait fourni les « appâts »
- Emma alias « Yalda » de son prénom original « Sorour », de mère iranienne,
mineure au moment des faits, elle a servit d’« appât » pour piéger Ilan Halimi le 20 janvier
Audrey Lorleach dite « Léa » ou « Natacha », étudiante en assistance médicale, aurait servi auparavant d’« appât »
Murielle Izouard, amie d’Audrey, inculpée de « non-dénonciation de crime » (était admissible au moment à l’écrit du concours de gardien de la paix de la police nationale).
- Leila Appolinaire, amie de Jérôme Ribeiro, mise au courant des faits, inculpée de « non-dénonciation de crime ».
- Alexandra Sisilia, aurait servi d’appât prècèdemment
Ruth, aurait aussi servit d’« appât »
- Sarah, aurait aussi servit d’« appât »
- Isabelle Mensah, confidente de Yalda, au courant des faits, inculpée de « non-dénonciation de crime ».
sans compter quelques autres personnes, parents de Jérôme Ribeiro ou amis de tortionnaires ou de geôliers ...
Les deux complices jugés les plus actifs, Samir Aït Abdelmalek, 30 ans, et Jean-Christophe Soumbou, 23 ans, ont écopé respectivement de 15 et 18 ans de réclusion. Comme pour l’"appât", ces peines sont légèrement en deçà des réquisitions : entre 10 et 12 ans pour la jeune femme et 20 ans pour les deux principaux complices.
"Les peines qui concernent les geôliers et l’appât sont pour la famille Halimi des peines qu’elle a du mal à comprendre et à accepter", a réagi Me Szpiner. C’est pourquoi il ne serait "pas anormal" qu’un nouveau procès ait lieu, a-t-il ajouté.
Les réquisitions envers les complices avaient déjà été jugées trop clémentes par les parties civiles. Le verdict a été rendu publiquement après deux jours et demi de délibérations. Magistrats et jurés devaient répondre à environ 150 questions
Refléxion :
Et l’état français dans tout ça ?
La réalité est qu’il subsiste une frustration latente qui peut trouver sa source dans l’échec de l’enquête policière et sa fin en queue de poisson. Plusieurs membres de la communauté juive déroutés continuent encore de se sentir comme trahis et tournés en bourriques par l’enquête policière. Des enquêteurs de la brigade criminelle de la police judiciaire (PJ) parisienne ont déclaré :"C’est bien sûr un échec car il est rare, en France, que la victime d’un enlèvement soit retrouvée morte mais tout a été tenté".