Si enlever un homme parce qu’il est juif et que sa communauté doit payer pour lui ne relève pas de l’antisémitisme, alors que faut-il de plus ?
Le procès du gang des barbares s’est ouvert dans la tension, hier, à Paris. Il se poursuivra jusqu’au 10 juillet. À huis clos.
Collier de barbe et crâne rasé, le poing levé vers le ciel, criant « Allah vaincra » : Youssouf Fofana, 28 ans, est arrivé tout sourire dans le box des accusés. Le chef présumé du « gang des barbares » comparaît, depuis hier, devant la Cour d’assises des mineurs de Paris. Il est accusé, avec vingt-six autres jeunes, du rapt et du meurtre d’Ilan Halimi, 23 ans.
Dès l’appel des accusés, Youssouf Fofana continue la provocation. Sa date de naissance ? « Le 13 février 2006, à Saint-Geneviève-des-Bois » :il donne ainsi la date et le lieu de la découverte du corps agonisant de Ilan Halimi, qui devait succomber lors de son transfert à l’hôpital. Son nom ? « Arabs, Africaine barbare armée révolte salafiste. » La présidente ne relève pas.
27 accusés, 174 témoins
En face, la mère d’Ilan, Ruth Halimi, paraît sans réaction. Elle reste concentrée, priant en se balançant d’avant en arrière. Elle fait face aux accusés qui ne se parlent pas et s’évitent du regard.
Lycéens, chômeurs, livreur de pizza, chauffeur de car, étudiant : âgés d’une vingtaine d’années, ils déclinent leur identité et profession au moment des faits. Dehors, des dizaines de juifs, encadrés par la police, insultent des proches des accusés.
Une fois les jurés installés, la présidente Nadia Ajjan fait évacuer la salle. La mère d’Ilan souhaitait que les débats soient publics. Mais la présidente a prononcé le huis clos, deux des accusés étant mineurs au moment des faits. La défense de Youssouf Fofana avait aussi demandé un procès public, mais elle a fait volte-face.
La cour a désormais dix semaines et l’audition de 174 témoins pour démêler les responsabilités. Neuf projets d’enlèvement ont été attribués au « gang des barbares » avant celui d’Ilan Halimi.
Appâté par une jeune femme du groupe, le jeune homme avait été séquestré et torturé pendant vingt-quatre jours dans un appartement, puis un sous-sol d’immeuble, à Bagneux (Hauts-de-Seine). Ses ravisseurs, qui le supposaient riche « parce que juif », avaient fait plusieurs demandes de rançon. Avant de l’abandonner nu, menotté et bâillonné, sur une voie de chemin de fer.