L’histoire du judaïsme français fait l’objet d’un renouveau très net depuis quelques années.
Depuis quelques années, la communauté juive de France voit un nombre des juifs noirs accroître dans les différentes synagogues. Pourtant, les juifs noirs vivant en France sont pratiquement invisibles. Il est sans doute intéressant et utile de s’interroger sur les raisons de cet angle mort dans la communauté juive.
L’histoire de juifs noirs est un champ actif de recherche dans de nombreux pays du monde mais en France, elle demeure à l’écart, et même, très largement minimisée. Il est certes, des voix de grande qualité qui s’élèvent, mais elles sont isolées.
Seulement, ils ne venaient pas tous d’Afrique mais plusieurs avaient transité par Israël. L’enjeu de l’analyse de cette question ne consiste pas seulement à examiner sous des angles nouveaux le fait social, mais aussi à réintégrer l’aspect dans l’histoire du judaïsme français dans ses marges. Car il n’existe pas d’un côté une "communauté juive blanche et une autre qui serait noire". La réalité d’une communauté juive serait celle , dans laquelle tout juif aurait sa place comme c’est le cas aux Etats-Unis et Londres où la communauté juive a une place centrale dans les représentations.
Autrement dit, la question de l’existence d’une "communauté juive" ne va pas de soi, puisqu’elle regroupe des groupes de personnes très hétérogènes les uns aux autres (avec des temporalités historiques très différentes).
On peut donc estimer qu’une meilleure visibilité des juifs noirs de France passe par leur meilleure visibilité dans la communauté, et donc par l’invention de formes de prise en compte appropriées. La "communauté pour tous". Car cette catégorie de population n’est pas une « communauté » organisée à part. A l’évidence, la proximité épidermique ne signifie à priori ni monolithisme ni similarité des vues ni connivence naturelle au sein de la communauté juive comme dans l’ensemble de la population française. A contrario, si les origines géographiques qui la traversent peuvent se chevaucher dans certaines circonstances sociales, ils ne s’ignorent pas moins superbement pour autant dans la vie quotidienne.
Cette population n’en constitue pas moins un groupe virtuel sans disposer encore pour autant d’un construit symbolique qui le rendrait reconnaissable à travers des signes stables rendant identifiable le contenu d’une identité commune . L’ « invisibilité » des juifs noirs peut être rapportée à la conjonction d’un double phénomène : d’une part, son déficit de reconnaissance symbolique par la communauté saisie globalement ; d’autre part, la vulnérabilité de ses membres à l’égard d’un processus d’assignation de rôles dévalorisés rendus possibles par des mécanismes de relégation et/ou d’exclusion sociales. Sur le premier plan, cette population est majoritairement perçue comme un corps social étranger à la communauté juive, encore largement appréhendée.
Nduwa Guershon
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